Episode 27: Cagliari

Tout comme les filles de 1925, nous faisons une entrée en beauté, par vent arrière, dans le port de la capitale de la Sardaigne. A quelques différences près, nous sommes suivies par un gros porte-conteneurs Grimaldi, bleu azur et nous avons un moteur prêt à nous sauver pour assurer nos manœuvres de port.
Dans le gigantesque port de Cagliari, nous ne trouvons plus de gracieuses tartanes de pêcheurs ou de vapeurs en partance pour la Tunisie comme autrefois, mais une armada de yachts de luxe, de gros ferrys pour la Sicile et surtout un immense paquebot de croisière, le Costa Toscana, venu d’Espagne. Il paraît démesuré. Il est aussi long et large qu’un quartier de cette ville qui a conservé ses rues étroites et façades colorées.


Nous rendons d’abord visite à la Basilique de Notre Dame de Bonaria, sainte patronne des marins et des marines, où nous admirons quelques beaux ex-votos. Puis nous grimpons, comme les filles, les marches quatre à quatre, jusqu’à la vieille ville avant le coucher du soleil. Sous la terrasse Umberto 1er, nous nous arrêtons à l’Antico Caffè, fondé en 1855. Nos inspiratrices sont sans doute passées devant cette adresse renommée où nous dînons merveilleusement sur les conseils de l’ami Luc.

Après s’être dépêchées de faire quelques courses et de remplir leur caisse à eau de 150 litres, les filles quittent déjà Cagliari le même soir, à 22 heures, aussi après un bon dîner arrosé au chianti. Un matelot envoyé par la capitainerie les aide à libérer leur ancre prise sous la chaîne d’un lesteur. À l’aviron dans le youyou, Ella remorque vaillamment la Bonita. Avec sa longueur hors-tout de 16m70, sa longueur de coque de 11m10 et jaugeant 14 tonneaux, la Bonita doit être sacrément lourde ! C’est au son du gramophone posé sur leur roof, qu’elles s’enfoncent sans crainte dans l’immensité noire, une demi-lune en guise de lanterne. Elles entament leur traversée sur la Sicile durant laquelle un coup de vent les surprendra.
Nous devons ronger notre frein. Cette traversée sur la Sicile est notre prochain objectif mais en … 2027. Diverses obligations familiales ou professionnelles ne nous accordent guère plus que deux semaines de liberté par année. Nous repartons donc le lendemain vers le port d’attache de notre voilier vers l’île de San Pietro.
Dans son livre, Quand j’étais matelot, Pa’Tchoum, l’une des cinq équipières, écrivait en 1925 : « Les rues de cette grande ville et les avenues poussiéreuses où grincent des trams m’attristent violemment et je pense à notre maison mobile comme à un refuge. » Comme elles, nous laissons sans regret les lumières de la grande ville et laissons éclater notre joie de retrouver le large.
C’est au son d’une Boom box (et pas du gramophone), que l’on reprend en chœur quelques couplets en hommage à Catherine Ringer et à France Gall : “Quand tu l’as, tu l’as, Ella, elle l’a, Ella l’a !”.
Signé, les Bonitas
Cagliari, Sardaigne, Italie, 15 septembre 2026



Le Costa Toscana... 1'550 Cabines avec Balcons 13 Piscines et jacuzzi 11 Restaurants 19 Bars et lounges Tout est dit....